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Mon enfant ne veut pas lire : que faire ?

Par Quentin Leigné

Lecture en famille

« Va lire un peu. » « Non, c’est nul. » Il a soupiré, s’est laissé tomber sur le canapé, le livre est resté sur la table. Si cette scène vous est familière, vous n’êtes pas seul et n’avez pas raté quelque chose. Le désintérêt pour la lecture est l’un des phénomènes les mieux documentés de l’enfance et les données disponibles permettent de mieux comprendre ce qui se joue.

Un décrochage précoce, mais pas une fatalité

Selon l’étude CNL/Ipsos 2026, 19% des jeunes de 7 à 19 ans déclarent ne pas trop aimer lire ou détester ça. Le chiffre est faible chez les plus jeunes, puis il grimpe : à 7-9 ans, 11% des garçons et 7% des filles ; à 10-12 ans, 16% et 11% ; à 13-15 ans, 29% et 17% ; à 16-19 ans, 31% et 21%. Le recul commence dès l’école primaire et touche davantage les garçons.

Le mouvement dépasse la France. Aux États-Unis, la part des enfants de 9 ans qui lisent « presque tous les jours » pour le plaisir est passée de 53% en 2012 à 39% en 2022 et celle des 13 ans de 27% en 2012 à 14% en 2023 (enquête NAEP). L’enquête Scholastic (2022-2023) dessine la même pente : 46% des 6-8 ans lisent cinq jours ou plus par semaine, contre 32% des 9-11 ans et 21% des 12-14 ans. Le décrochage autour de 9-12 ans est un fait largement observé, pas un échec individuel.

Ce que les enfants disent eux-mêmes

L’étude CNL/Ipsos a demandé aux jeunes qui ne lisent pas pendant leurs loisirs pourquoi (plusieurs réponses possibles) :

  • « Je préfère faire d’autres activités » : 41%

  • « Ça ne m’intéresse pas » : 41%

  • « J’ai du mal à me concentrer » : 27%

  • « Les livres sont trop longs à lire » : 25%

  • « Ça me fait penser à l’école » : 18%

  • « Je ne trouve pas de livres qui m’intéressent » : 15%

  • « C’est difficile, je ne comprends pas tous les mots » : 12%

Le problème est donc rarement technique. C’est surtout une question de goût, de temps et de concurrence avec d’autres activités. La difficulté de compréhension arrive en dernier. Cela ne veut pas dire qu’il faut l’écarter : si votre enfant bute souvent sur les mots, c’est un point à vérifier (voir l’article sur le test des 100 mots).

Pourquoi cela vaut la peine de ne pas lâcher

Une étude de l’Institut d’éducation de Londres (Sullivan et Brown, 2015), fondée sur 3 583 personnes de la cohorte britannique née en 1970, montre que lire pour le plaisir est associé à de meilleurs progrès en vocabulaire et plus faiblement en mathématiques, entre 10 et 16 ans, en tenant compte du milieu social et de l’éducation des parents. C’est une association, pas une preuve de causalité, mais elle est solide et cohérente avec le reste de la littérature.

Par où commencer

Trois gestes suffisent pour démarrer, sans en faire un projet :

  1. Lire ensemble quelques minutes un livre qui plaît à l’enfant, sans objectif de durée ni de quantité.

  2. Proposer deux ou trois livres et le laisser choisir, y compris une BD ou un manga.

  3. Redescendre d’un niveau si le livre est trop difficile : mieux vaut un texte plus facile que perdre l’envie.

Pour aller plus loin, l’article « Mon enfant n’aime pas lire : 5 astuces décomplexées » détaille chacun de ces leviers.

L’avis de Nabojo. Un enfant qui décroche n’a pas forcément perdu le goût des histoires : souvent, c’est le chemin vers le livre qui est trop long, trop difficile ou trop scolaire. Nous pensons que la bonne réponse consiste à baisser la marche plutôt qu’à augmenter la pression : un texte à sa portée, un sujet qu’il a choisi, un adulte qui partage le moment.

En résumé

Un enfant qui ne veut pas lire n’est pas un enfant qui ne lira jamais. Dans la plupart des cas, il lui manque le bon livre, un peu de temps partagé et l’absence de pression.

Sources